La journée s’était écoulée tellement vite. Malgré les minutes et les heures qui passaient, Anda avait du mal à se rendre compte qu’elle se trouvait bel et bien dans la cour du palais de leur royaume. S’il n’était pas ce qu’il y avait de plus imposant et impressionnant en ce monde, il était tout ce qu’elle avait espéré, si ce n’était plus.

 

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Il n’y avait pas un peuple immense en activité dans ce lieu, comme avait pu le comprendre Anda, mais les allées et venues au fil de la journée, dans la cour, le palais et les habitations voisines étaient très régulières. Les visages se succédaient pour laisser entre temps un silence respectueux reprendre le dessus.
Anda avait l’impression de découvrir chaque détail de l’endroit. De l’eau qui coulait, aux plantes qui décoraient chaque parcelle du terrain. Même les ornements des bâtiments semblaient être des petites merveilles à ses yeux. Mais ce qui retenait encore et toujours son attention était la princesse, qui ne quittait pas son poste, prenant soin de dire bonjour à chaque fée qui devait passer auprès d’elle, entrant dans le palais pour une affaire à régler ou tout autre business important ou non, mais qui nécessitait d’en parler à la royauté.
Ils revinrent finalement devant le petit pont qui séparait l’avant et l’arrière de la cour, le palais et les habitations. La princesse était toujours là, assise sur un banc cette fois, et en compagnie d’une fée à l’apparence… très humaine. Anda les observait avec des étoiles plein les yeux.

« – T’es sûr qu’on peut pas lui dire bonjour ? »

Cassian regarda son amie en soupirant légèrement. Non pas qu’elle l’agaçait. C’était plutôt un soupir gentil, un soupir qui disait qu’il ne pouvait réellement contrer les envies d’Anda. Et qu’elle était vraiment adorable.

 

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Il plissa légèrement le nez, cherchant une nouvelle excuse pour ne pas aller importuner mademoiselle avec les enfantillages d’Anda, jeune fée qui avait soif de découvertes tout en étant légèrement pompette. Ça pouvait faire des dégâts. Il avait pourtant confiance en elle, mais ils étaient au palais. Et mieux valait ne pas faire n’importe quoi.

« – Tu vois bien qu’elle n’est pas seule… »

Anda tourna la tête vers le banc, observant un peu plus la compagnie de la princesse.

« – Ouais, d’ailleurs c’est qui ce gars-là ? Il a une apparence bizarre…
– C’est un des gardes, il teste son déguisement humain.
– Pour quoi faire ? »

Cassian haussa les épaules.

« – J’imagine qu’il faut explorer toutes les éventualités, et les gardes doivent être au mieux préparés. Tu sais qu’on peut se déguiser, mais tout le monde ne maîtrise pas parfaitement cet art. »

 

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Evidemment, Anda connaissait le concept. Sa tante Celesta savait se déguiser, et elle avait souvent hésité à lui demander son apprentissage afin d’aller chez les humains en toute tranquillité. Mais puisque son père était toujours réticent à cette idée, un déguisement n’y aurait finalement pas changé grand-chose. C’est qu’il était buté, chose dont Anda avait hérité.

Elle s’empêcha de faire mine de bouder, et eut une autre idée à la place. Elle indiqua d’un mouvement de tête la porte secondaire du palais, qui se trouvait derrière un grand cerisier.

« – Et si on entrait par-là ? Sans se faire remarquer. »

Cassian finit par sourire. Oh ça oui, pour être butée, elle l’était.

 

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Mais voyant la princesse prendre congé du garde, il invita Anda à le suivre. Il était préférable de prendre quelques minutes de son temps pour la saluer plutôt que s’inviter dans le palais comme deux voleurs.

 

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Lorsqu’elle les vit arriver, la princesse se dirigea vers eux doucement, pas vraiment étonnée de voir deux civiles se balader dans cette partie de la cour. De toute évidence, l’un d’eux n’était pas vraiment qu’un civil.

« – Cassian ! Bonjour, tu me présentes ? »

L’intéressé sourit gentiment, saluant son interlocutrice d’un hochement de tête. Anda quant à elle, ne savait plus où se mettre. Rapidement, elle glissa quelques mots à son ami en chuchotant.

« – … Moi ? Elle veut me parler à moi ? »

Cassian rit doucement.

« – Ben oui ! C’est ce qu’on appelle la politesse. »

 

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Anda sentit le rouge lui monter aux joues. Non seulement elle n’aurait pas cru pouvoir discuter avec la princesse, mais elle se sentait bête d’avoir dû inciter Cassian à sous-entendre qu’elle était impolie, alors qu’elle avait elle-même suggéré de la saluer un peu plus tôt dans la journée. Enfin, maintenant qu’elle était certaine de ne pas la déranger, elle comprenait le changement d’avis de son ami.

Cela n’empêcha pas qu’elle ait l’impression de passer pour une enfant devant sa star préférée. Si on lui avait dit qu’un jour, non seulement elle se rendrait au palais, mais qu’en plus elle aurait le privilège de rencontrer une icône du royaume, elle ne l’aurait pas cru. Ou plutôt, elle aurait tout fait pour que la chose se réalise.

« – Hey… je ne vais pas te manger, tu sais. D’ailleurs je vais aux toilettes, tout comme toi. »

 

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Si on avait indiqué un trou à Anda, même bien trop petit pour elle, où elle aurait supposément pu se cacher, elle n’aurait pas hésité une seconde avant de s’y jeter, tête la première. La scène fit rire Cassian, encore une fois.

« – Opale, je te présente une amie, Anda. »

Ladite Opale se courba légèrement, faisant fondre notre petite fée sur place. Elle se reprit immédiatement et entreprit de faire le même geste.

« – Enchantée ! Alors comme ça, Cassian te fait visiter ? »

Anda hocha frénétiquement la tête.

« – Oui ! Quelle merveille, cet endroit ! »

Opale haussa les épaules.

« – Oh, c’est un palais. Pas le plus grand qui existe d’ailleurs. »

Cassian sourit largement, se rendant compte qu’elle ne savait pas le milieu duquel Anda venait.

« – Elle habite à l’opposé de la forêt…
– Ah ! Effectivement, ça doit être dépaysant, si je puis dire… »

 

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« – Oui, ça l’est ! Madame… Mademoiselle, Opale…
– … Lothian.
– Lothian ! Je le savais ! Excusez-moi… »

Mais Opale se mit à rire. De la façon dont les princesses rient, doucement, gentiment.

« – Ce n’est rien. »

Mais son expression, qui se voulait douce, se ferma à mesure qu’elle dévisageait Anda de façon amusée. Il y avait quelque chose dans ses expressions qui l’interpella intérieurement. Elle ne saurait pas dire quoi, d’ailleurs. C’était un ressenti, sans qu’elle ne puisse mettre de mots dessus.

 

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Elle passa de longues secondes à s’interroger, avant de finalement se secouer pour se retirer.

« – J’ai d’autres tâches qui m’appellent… vous savez, la royauté, tout ça… Cassian, j’ai été ravie de te voir. »

L’intéressé se pencha pour lui dire au revoir, imité par Anda qui n’avait pas vraiment compris ce qui venait d’arriver, pendant ces dernières minutes.

« – Mademoiselle Anda, j’espère que votre séjour vous aura plu.
– Beaucoup, merci ! »

Opale sourit une dernière fois, avant de se retourner vers la porte du palais.

« – Tu passeras le bonjour à tes parents, Cassian !
– Je n’y manquerais pas ! Au revoir Opale, bonne journée ! »

 

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Anda la regarda s’éloigner comme si elle n’en croyait toujours pas ses yeux. Comme bloquée, elle passa de nouvelles secondes à fixer la porte du palais, espérant presqu’une autre personne de la famille royale en sorte, mais il n’en fut rien. Alors elle finit par frapper Cassian à l’épaule.

« – Hey ! »

Il lui rendit son coup, plus doucement.

« – C’était réel !
– Ben oui ! Pas la peine de me frapper !
– C’était pour voir si je rêvais ou pas.
– C’est toi-même qu’il faut frapper, ou plutôt pincer, dans ces cas-là.
– Roh, fais pas ton rabat-joie ! »

Il secoua la tête en souriant, tant son amie était irrécupérable. Mais ladite amie n’avait pas envie de quitter cet endroit de suite. Elle était à l’entrée du palais, et souhaitait en profiter. Alors elle s’assit sur un banc qui trônait au milieu de la petite cour et invita Cassian à en faire de même.

« – Tu es contente ? »

Anda sourit largement, respirant avec joie cet air qui lui donnait l’impression de vivre un renouveau.

« – Tellement… merci Cassian. »

Elle se tourna vers lui, prit ses mains avec tendresse et plongea son regard dans le sien ; c’était sa façon de le remercier à elle. Sans parler du fait qu’elle l’appréciait grandement, et que c’était quelque chose de naturel pour notre petite Anda, qui était très démonstrative lorsque quelque chose – ou en l’occurrence quelqu’un – lui tenait à cœur.

« – Je t’en prie. »

Et s’il y avait bien une chose à laquelle elle ne s’était pas attendue, c’était qu’il lui rende son regard de la plus magnifique des façons.

 

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Ils restèrent un long moment sur ce banc, l’un contre l’autre à regarder l’activité du palais se produire devant eux, avant de finalement se relever alors que le soleil entamait lentement sa course vers l’horizon. Cassian leur fit faire le tour de la bâtisse pour découvrir fontaines et coins plus intimistes et naturels, avant de se diriger vers l’avant de la cour à nouveau, alors qu’il aperçut une connaissance.

« – Negan ! Comment vas-tu ? »

Anda le suivit plus doucement, curieuse de voir le monde dans lequel Cassian avait ses repères.

« – Ah, Cassian ! Tu aurais pu me dire que tu venais aujourd’hui ! Je vais bien, je vais bien. »

 

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Etant donné l’entrée vers laquelle ledit Negan se dirigeait au même titre qu’une autre fée avec laquelle ils ne discutaient pourtant pas, Anda en conclut qu’il s’agissait d’une grande habitation avec de multiples chambres, comme une résidence.

Le vis-à-vis de Cassian était habillé de façon assez décontractée, ce qui l’étonna au vu de l’endroit où celui-ci vivait. Il avait une longue chevelure écarlate, et était pieds nus. Quant à la fée qui entrait dans la bâtisse, elle était de toute évidence fan du travail de Celesta, qu’elle aimait porter en rouge, alors que ses cheveux étaient bleu clair. Au moins, elle avait la confirmation de ce que lui avait dit Cassian un jour, concernant le fait qu’elle-même n’était pas la plus extravagante du royaume.

Elle fut de nouveau présentée par son ami, et discuta un petit peu avec Negan avant qu’il ne leur propose d’entrer.

« – Souhaitez-vous une glace ? »

C’est sans ménagement que les amis acceptèrent. Ils n’avaient avalé que quelques boissons depuis le début de la journée ici, merci à Lilou. Cassian connaissait bien les lieux, et s’empressa de tester la machine à glaces, qui leur servait de superbes produits maison, évidemment.

 

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Chacun s’en servit dans un cône, agrémenté de crème fouettée et de fraises. Un pur délice. Mais Negan ne resta pas bien longtemps, soucieux de se rendre en ville où il avait rendez-vous.

« – Il est… étrange. »

Cassian se mit à rire.

« – Ah, je t’avais bien dit que les gens d’ici étaient spéciaux. Et tu veux que je te dise ?
– Quoi dont ?
– C’est un des oncles de la princesse. Sa fille est encore plus tarée que lui ! Enfin tarée, elle est marrante, mais spéciale aussi. Disons que pour une fille de la famille royale, elle est très… comment dire. Elle manque de tact, tout ça.
– Elle a un bon caractère qu’Opale ne peut pas se permettre d’avoir, quoi.
– Voilà ! »

Anda sourit, amusée.

« – J’aimerais beaucoup la rencontrer…
– Haha, je pense que vous vous entendriez bien ! »

 

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Ils terminèrent leur encas, pendant que le soleil continuait de descendre dans le ciel, laissant petit à petit place à la lune de se faire son chemin.

« – Viens, j’aimerais te montrer quelque chose. »

Cassian prit la main d’Anda et l’entraîna hors de la cour, à droite du palais, à travers les arbres et les murmures chantants de la forêt. Elle ne s’était jamais sentie aussi bien, satisfaite de sa journée. Le vent chaud dansait sur ses épaules, dans ses cheveux, à mesure qu’ils avançaient pour finalement se retrouver devant un petit lac surmonté d’une colline d’où coulait une petite cascade. Avec la lumière de la lune maintenant bien haute, le spectacle était magique.

 

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« – C’est magnifique… »

Anda n’attendit pas bien longtemps avant de prendre son ami dans ses bras, en guise de remerciement.

« – Je savais que ça te plairait. »

Et il avait raison. Cette facette naturelle, si près du palais, ne pouvait que ravir Anda.

 

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Mais ce qui la ravissait surtout était le câlin qu’ils partageaient, et qui semblait ne jamais se terminer. Elle le sentait respirer contre lui, et ne voulait plus le lâcher. Elle savait bien qu’il était son ami, un compagnon qui s’était avéré rapidement faire partie intégrante de sa vie, tant elle avait à partager avec lui. Mais il était un ami qu’elle ne voulait plus laisser partir, ne serait-ce que pour aller vivre avec leur famille respective. Elle avait encore beaucoup à lui offrir, elle le savait. A commencer par cette étreinte. Et à en juger par l’absence de réaction de la part de Cassian, la chose semblait réciproque.

A quel moment s’était-elle éloignée ? Elle ne saurait le dire. En tous cas, elle ne s’était pas tant détachée de lui que ça. Et lui non plus, ne semblait pas le vouloir. Doucement, ils placèrent leurs mains autour de l’autre, rapprochant inexorablement leur visage…

 

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Ils n’avaient aucun idée du temps qu’ils passèrent à s’observer, plissant de plus en plus les yeux. Mais ils s’arrêtèrent à mi-chemin, commençant à sourire. Etait-ce réel ?

 

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Aucun des deux n’aurait su le dire. Si Cassian avait toujours trouvé son amie magnifique, et le lui avait dit à plusieurs reprises, celle-ci n’avait jamais vraiment réfléchi à une éventuelle avancée dans leur relation. Un vrai ami était pour elle, une des choses les plus précieuses au monde, à ne pas gâcher. Etait-elle attirée par Cassian ? Si elle y avait réfléchi, la réponse aurait sans doute été oui. Et c’était partagé.

Mais elle ne s’était jamais autorisée à y penser. Pourtant elle ne pouvait le nier, maintenant qu’elle était à deux doigts de partager un moment si intime avec lui, dont la faute ne pouvait vraiment reposer sur les boissons qu’elle avait siroté au cours de la journée.

Finalement, leur regard s’intensifia et leur sourire laissa place à l’expression d’un désir indéniable, à mesure que leur souffle se saccadait…

 

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« – Cassian ? Tu t’es reconverti en Casanova ? »

Ils se figèrent avant de se détacher rapidement, se secouant les esprits. Une fée arrivait à grands pas amusés vers eux, qu’ils allèrent rencontrer plus avant vers la forêt. Ledit Cassian afficha un semblant de sourire, certainement sincère qu’à moitié. Oh bien sûr, il était heureux de voir une autre connaissance, mais il l’aurait encore plus été si elle avait surgi à un moment bien différent.

« – … Dinah ! Que fais-tu ici ?
– Ce serait plutôt à moi de poser la question, j’habite ici j’te rappelle ! … Enfin plus pour longtemps, si ces foutues bestioles volantes se barrent pas fissa. »

Elle fit de grands gestes en direction de nuisibles ailés.

 

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« – Bon alors, tu me présentes ou bien ? »

Cassian ne savait plus où donner de la tête. Entre répondre à la fameuse Dinah, et regarder Anda avec un regard désolé tout autant qu’il la dévorait des yeux… Il n’était pas le mieux loti pour une conversation menée par la belle fée brune au fort tempérament. D’ailleurs, les bestioles dont elles parlaient n’étaient pas décidées à le laisser en paix non plus.

« – Oui pardon, voici Anda ! Anda, c’est Dinah, la fille de Negan qu’on a vu tout à l’heure… Raah !
– Ah ! Bonsoir !
– Bonsoir ! Tu vois qu’elles sont pas possibles, j’imagine que y’en n’a pas chez toi ?
– Non, effectivement. »

 

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Le sort qui s’acharnait ? Possiblement.

« – Et alors, ça m’dit pas ce que tu fais ici ?
– On est venu voir un peu le palais figure-toi, Anda ne connaissait pas.
– Tiens dont ! »

 

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Anda observait Dinah comme si elle en était fascinée. A peine remise de son échange avorté avec Cassian, elle éprouvait un intérêt soudain pour la fauteuse de trouble qu’elle trouvait ravissante. Elle n’avait jamais vu une fée avec un visage si doux et malicieux à la fois, tout comme un look si élégant et qui pourtant, criait à la liberté d’expression.

« – Et vous êtes donc… la cousine de la princesse, c’est ça ? »

Cassian sourit sincèrement devant l’innocence de son amie, tandis que Dinah acquiesça sans ménagement.

« – C’est ça, m’enfin tu peux dire la cousine d’Opale, pas d’chichi entre nous ! Et tu peux me tutoyer, je dois être à peine plus vieille que toi. »

Anda se sentait à nouveau comme une enfant. Si devant Opale, elle était intimidée comme si elle rencontrait une célébrité, avec Dinah c’était plutôt une envie de la connaître qui la tiraillait, tant elle la trouvait intéressante d’originalité – pourtant pas tant visuelle.

 

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« – Alors, Cassian t’en fait voir de toutes les couleurs ? »

Anda fronça légèrement les sourcils, pas certaine de savoir s’il fallait sourire ou non.

« – Euh…
– Je te taquine !
– Ah ! »

 

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Cassian eut l’air de suivre la scène comme si elle était irréelle. En fait, tout semblait relever d’une illusion, depuis leur arrivée au petit lac. Anda avait finalement laissé un grand sourire lui barrer le visage et s’empêchait de sauter dans les bras de Dinah, tant elle la trouvait fascinante. Ce qui était certain, était l’affirmation de Cassian plus tôt quant au fait qu’elle lui plairait. Elle ne pouvait lui enlever ça.

Finalement, elle soupira légèrement.

« – Il se fait tard… tu me ramènes ? »

Cassian acquiesça silencieusement, lui tendant la main.

« – Dinah, j’ai été ravie de faire ta connaissance !
– Pareil, ma belle ! »

L’intéressée s’approcha légèrement d’Anda en lui glissant un clin d’œil.

« – Et je trouve que vous allez fort bien ensemble. »

La seconde d’après, ils étaient de retour dans la forêt d’Anda, à quelques dizaines de mètres de sa maison. Cassian hésita à lui lâcher la main, comme si elle risquait de ne plus jamais y trouver sa place. Se pinçant les lèvres, il la laissa aller vers les escaliers de la petite habitation.

« – J’espère que la journée aura été à la hauteur de tes espérances… »

Anda sourit avec son cœur. Elle se retourna vers lui et sans attendre davantage, glissa un bai.ser sur sa joue.

« – Encore mieux. A demain Cassian. »

Il leva la main par reflexe, mais elle s’était déjà éloignée de son visage.

« – A demain. »

Il la regarda se tourner vers sa maison et jeter un coup d’œil en haut au cas où son père se trouvait sur la terrasse. Il aurait pu faire ce pas qui les séparait, et terminer ce qu’ils avaient entamé près du palais. Mais à la dernière seconde, il se ravisa et se téléporta chez lui.

 

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« – Papa ? »

Commençant à monter à l’étage, Anda appela nerveusement son père. Elle n’avait aucune idée de ce qui l’attendait. Elle savait qu’elle avait fui la maison, délibérément désobéi à son paternel, mais après une telle journée, il lui avait paru naturel de revenir. De lui dire que rien de spécial n’était arrivé, qu’il n’avait pas à s’inquiéter. De se réconcilier.

Lorsqu’il l’entendit, Revan se figea.

 

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Allait-il lui passer un savon et lui ordonner de rester dans sa chambre ? Piquer une colère tellement rouge qu’aucun mot n’était nécessaire ? Même si Anda ne savait pas son père violent, elle s’attendait à n’importe quelle réaction de sa part.
Mais au lieu de tout ça, Revan fondit dans les bras de sa fille.

« – Anda, ma chérie ! »

Ils passèrent plusieurs minutes dans les bras l’un de l’autre, se retenant de pleurer de soulagement.

« – Je suis tellement heureux de voir que tu n’as rien…
– Il n’allait rien m’arriver au palais, papa.
– C’est tellement surveillé que je n’en doute pas. Mais me quitter comme tu l’as fait m’a fait penser à n’importe quelle éventualité. Tu aurais pu aller encore ailleurs, qui sait ce qui aurait pu t’arriver… »

 

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Anda demanda pardon, encore et encore. Pour son départ, évidemment. Pour avoir laissé on père sans nouvelles. Mais elle savait qu’elle ne souhaitait pas s’excuser complètement. Elle avait réagi comme elle l’avait fait pour une raison, raison qui n’avait toujours pas d’explication. L’interdiction de son père lui semblait toujours si injuste, et elle se remerciait de lui avoir désobéi.

Revan intima à sa fille de s’asseoir un moment. Lui aussi avait réfléchi. Evidemment, il s’en voulait d’avoir été si dur avec elle. Il savait pertinemment qu’elle ne risquait rien en allant au palais avec Cassian, comme le lui avait fait comprendre Celesta. Mais sa peur avait repris le dessus. Et s’ils en étaient arrivés là, c’était bien à cause de son manque d’honnêteté envers Anda.

« – Je suis désolé, moi aussi… »

Elle regarda son père avec curiosité. Il n’était pas rare qu’il s’exprime ainsi après une dispute, s’il estimait avoir été trop injuste avec sa fille, de s’être trop emporté. Mais elle sentait que cette fois, il y avait autre chose. Ce petit quelque chose qui lui avait fait douter de lui, depuis maintenant de nombreuses semaines.

« – Il faut que je te dise… quelque chose que je n’aurais pas dû te cacher en fait. Ou du moins, si, c’était assez légitime mais, mais maintenant que es en âge de comprendre… bref, je regrette qu’on se soit éloignés comme ça sans raison valable, enfin sans que tu saches. »

Si Anda avait éprouvé un intérêt à ses paroles, elle n’était plus certaine de vouloir découvrir ce qu’il lui cachait. Parce que maintenant elle en avait eu la preuve, il lui cachait quelque chose, et depuis longtemps. Elle s’arrêta presque de respirer, attendant qu’il parle.

« – Anda, ta mère… Ta mère ne nous a pas quittés, quand tu étais bébé.
– … Quoi ? »

 

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Elle n’était pas sûre de comprendre. Portant les mains à son visage en un réflexe, elle ouvrit la bouche sans savoir quoi dire de plus. Revan était au plus mal, cherchant ses mots sans être certain de vouloir les dire. Il savait que ce coup-ci, les choses n’allaient pas mieux se passer. Bien au contraire. Il avait bien dit à sa sœur qu’Anda lui en voudrait. Qu’il voulait éviter ce moment. Et il avait eu raison.

Anda se leva brusquement, sentant la colère lui monter aux joues.

« – Qu’est-ce que tu veux dire ?
– Hé bien…
– Oui, mais encore ?
– Elle… Elle est toujours en vie.
– Ça, je crois que je commence à l’imprimer. Pourquoi me dis-tu ça maintenant ?
– … Parce qu’elle habite au palais. »

Anda fit un pas en arrière, accusant le coup. Un trou s’était formé en elle. Elle eut envie d’arracher son cœur pour le raccommoder, mais tout ce qu’elle pouvait faire était plaquer sa main sur sa poitrine, espérant que la douleur s’en aille avec la pression de sa paume. Les larmes montèrent progressivement avant de couler à flot, alors qu’elle avait peine à observer son père, bouche ouverte et sourcils froncés, en cherchant un semblant d’excuse qu’il pouvait lui servir. Mais rien n’était valable à ses yeux pour justifier un tel mensonge.

« – … C’est pour ça que tu ne voulais pas que j’y aille ? Que tu as déblatéré des co.nneries sur la vie au palais pour que ça ne m’intéresse pas ? Et ton pseudo discours sur ma sécurité, ma déception ?… Pourquoi, POURQUOI est-ce que je n’ai pas grandi avec elle ? POURQUOI ? Tu avais peur qu’elle me voie là-bas ? POURQUOI ? »

Revan fixait sa fille, et ne savait plus quoi répondre à mesure qu’elle parlait, qu’elle perdait son sang-froid. Pourtant il en avait encore, des choses à lui dire. Sa colère était loin de s’arrêter.

« – Je… je… »

Elle passa une main rageuse sur ses joues pour essuyer ses larmes.

« – Okay tu sais quoi, ne cherche même pas. »

Une nouvelle fois, elle fit volte-face et redescendit de la maison, courant aussi vite qu’elle le pouvait jusqu’au lac, entendant à peine son père crier son nom. Elle n’arrivait plus à penser. Elle s’arrêta devant l’étendue d’eau et reprit son souffle, sans pour autant arriver à s’arrêter de pleurer.

Que sa mère soit en vie… c’était quelque chose qu’elle n’avait ni vu venir, ni espéré tellement elle était consciente des choses. Quand on perd un proche, on le pleure, on fait son deuil. On sait bien qu’il n’y a rien faire hormis accepter, et avancer. Anda savait tout ça, et avait fait ainsi toute sa vie. Mais ce qui la frappa ensuite fut une toute autre évidence : et si elle l’avait croisée sans le savoir ? Qui pouvait le dire ?

Elle resta des heures à observer l’horizon tout en se calmant, et en réfléchissant. Ou du moins, en essayant de rassembler ses idées. C’est totalement éreintée qu’elle regagna un petit banc de bois plus haut, et qu’elle s’y endormie, enfin vidée de ses larmes.

 

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