La nuit fut longue, et pas vraiment réparatrice pour Anda. Il fallait dire qu’un rondin de bois faisant office de lit improvisé n’était pas la meilleure chose qui soit. Elle avait bien un lit tout à fait confortable à quelques centaines de mètres de là, mais elle n’avait aucune envie de retourner chez elle, et tomber sur son père. Toute personne normale aurait cherché à en savoir plus, aurait obligé l’intéressé à s’expliquer pleinement. Mais ça faisait trop pour Anda. Trop d’un coup. Elle se sentait assez nauséeuse sans avoir besoin d’ajouter une nouvelle couche de vérités qu’elle ne souhaitait pas entendre. Et pourtant il le fallait bien, qu’elle les entende. Elle le savait. Elle avait d’ailleurs souvent eu envie d’exiger de son père qu’il lui donne une raison valable à son interdiction de se rendre au palais. Elle ne pouvait pas dire le contraire, elle avait cherché. Et elle n’était pas certaine de le regretter pleinement. Il valait mieux vivre avec une vérité qui faisait mal, apprendre à s’en accommoder, plutôt que vivre une vie de mensonge. Du moins, c’était ce qu’elle pensait.

Elle avait donc passé la nuit à se tourner dans tous les sens, même si elle s’était endormie. Elle le savait à cause des courbatures qui, au petit matin, lui avaient révélé l’état du sommeil dans lequel elle s’était laissée glisser. Un sommeil agité et sans rêve tant elle était mentalement épuisée. Jusqu’à ce que peu avant son réveil, elle se retrouve dans une profondeur un peu plus sereine.

Doucement, elle finit par être de retour auprès du petit lac. La nuit était bien installée, et la lune haut dans le ciel. Les premières minutes, elle n’entendait que le bruit du vent, et de l’eau qui s’écoulait de la cascade. Mais en tendant bien l’oreille, elle finit par distinguer autre chose. Un bruit plus lourd, qui s’approchait d’elle. Elle n’attendit pas bien longtemps avant de se retourner et voir Cassian qui s’avançait vers le point d’eau. Evidemment, il savait qu’il la retrouverait ici. Dans quel autre endroit sinon ?
Il n’y avait nul besoin de parler. Ils s’approchèrent l’un de l’autre, profitant d’abord de la simple présence de chacun. Et lentement, leurs lèvres finirent pas se trouver, dans le bai.ser le plus doux qui soit. Le cœur d’Anda battait de plus en plus fort, à mesure que ce moment se prolongeait.

 

cgknwhbwj850.jpg

 

Si ce sentiment de bien-être était apparu sans crier gare, il disparut tout aussi rapidement. Plus de chaleur, plus de douceur dans le vent. Plus cette sensation sur ses lèvres. Anda ouvrit les yeux, sans comprendre immédiatement où elle se trouvait. Il lui fallut plusieurs longues minutes pour se rendre compte qu’elle était encore sur son petit banc, près du lac. Difficilement, elle se redressa pour s’asseoir à son bord, prenant sa tête entre ses mains. Elle se sentait courbaturée et très peu reposée. Se forçant à émerger, elle remarqua qu’il était encore très tôt ; les lanternes n’étaient pas encore éteintes.

 

ygimgw3teowb.jpg

 

Elle s’étira longuement, profitant un peu de la douceur de la matinée pour refaire le plein de naturel et tenter d’aborder la journée avec plus de calme. Ses pensées ne se bousculaient plus autant dans sa tête, mais elle ne savait toujours pas par où commencer. Quel bout prendre. Retourner voir son père ? Elle n’en avait pas plus envie que la veille. D’ailleurs son père fit entendre sa voix quelques minutes plus tard. Il appelait Anda, espérant la trouver dans les parages où elle se réfugiait souvent lorsque ça n’allait pas.

Retrouvant l’usage soudain de ses jambes, elle s’empressa de se glisser derrière un buisson. La dernière chose dont elle sentait avoir besoin, était une nouvelle justification larmoyante sans queue ni tête venant de son paternel. Oh elle allait lui en demander davantage, c’était certain. Mais pas dans l’immédiat.

 

uv48pdqzox7n.jpg

 

Elle attendit qu’il quitte l’endroit avant de prendre une décision. Elle n’allait pas retourner chez elle ce jour-là. En savoir plus était une priorité, mais elle ne savait plus où trouver les informations dont elle avait besoin ; où était la vérité. Elle pensa rapidement à sa tante, mais elle ne savait même pas si elle connaissait le secret de son frère. Pourquoi la mêler à ses problèmes ? Elle aurait aussi pu retrouver Cassian et se morfondre dans son malheur avec ses bras accueillants.

Le pour et le contre pesés, elle secoua la tête et reprit la direction du petit marché. Elle n’avait pas l’intention d’attendre à nouveau, et se dit qu’il valait mieux compter sur elle-même. Alors elle demanda à ce qu’on la téléporte au palais. Si elle avait hésité une seconde avant de procéder, elle était cependant déterminée.

L’endroit lui paraissait tout autant impressionnant que la veille, et elle se demanda encore si elle rêvait ou non. Parce que tout était arrivé trop vite, et que même si notre petite fée avait toujours espéré voir du pays, elle ne s’était pas attendue à voir son souhait exaucé. Encore moins de cette façon. Mais cette fois-ci, la dimension n’était pas exactement la même. Savoir que sa mère habitait entre ces murs lui donnait le sentiment d’avoir sa place ici. Qu’elle était en droit de débarquer quand elle le souhaitait et traîner dans la cour comme ça lui chantait.

Les premières personnes qu’elle vit dehors, furent à nouveau la princesse, et la Dinah qui avait interrompu un étonnant échange avec Cassian la veille. L’activité n’était pas plus présente étant donné qu’il était encore très tôt, même plus qu’à son arrivée avec son ami.

 

gl71s160a5hv.jpg

 

C’est à ce moment qu’elle réalisa qu’elle avait une longue journée devant elle, pendant laquelle les seuls interdits étaient ceux qu’elle s’imposait. Alors par où commencer ? Elle ne se voyait pas toquer aux portes résidentielles pour fouiller les pièces ou demander aux habitants s’ils connaissaient une fée qui lui ressemblait. Elle finit par hausser les épaules, et se dit qu’elle pouvait bien profiter un peu. D’autant que cette fois, elle n’avait pas Cassian pour lui dire de se ménager. Oui elle avait envie de chercher sa mère, mais elle voulait aussi s’amuser. Surtout après ce poids tombé sur ses épaules, et l’état dans lequel était son esprit.

Elle sut rapidement ce qu’elle avait envie de faire, finalement. Ne faisant pas de bruit jusqu’au petit pont, elle attendit qu’un garde finisse sa ronde des environs.

 

ul6papcudlr8.jpg

 

La surprise n’était pas bien grande ; elle avait suggéré à Cassian d’entrer par la petite porte la veille, et elle tenait toujours à cette idée. Bien sûr, elle était consciente que c’était risqué. Que sa mère vive à la cour du royaume ne l’autorisait pas à investir le palais comme elle le voulait. Mais qui pouvait bien grouiller dans chaque salle de celui-ci à une heure pareille ?

Anda s’avança prudemment jusqu’à la petite terrasse, et s’assura de n’être vue de personne avant d’y monter.

 

x3kzmjhrvtu3.jpg

 

Opale et Dinah avaient quitté la cour depuis un moment maintenant, et les seuls gardes présents en étaient à l’autre bout, ou étaient entrés par la grande porte. La voix était libre, et il ne servait plus à Anda d’attendre davantage…

 

8sfgxzbdfone.jpg

 

Elle se retrouva dans un genre de petit salon, comme une salle de réception assez intimiste au vu de sa taille. La décoration était exquise ; raffinée, riche sans en faire trop. A gauche de la pièce se trouvait un couloir ouvert, donnant sur une autre salle où avaient l’air de se tenir d’autres tablées et un piano. Et au milieu de tout ceci, quelques touches vertes afin de se sentir bien. Pas de doute, Anda avait besoin de plantes.

 

3k7n7oylm2tk.jpg

 

En face d’elle, il y avait un petit portail interne, donnant sur une espèce de loge contenant un certain nombre de vêtements, d’un style qu’Anda n’aurait jamais osé porter. Après tout, elle se trouvait au palais, elle n’aurait pas dû être étonnée. Les chaussures en revanche, lui parlaient un peu plus. Elle était impressionnée par leur quantité ; même sa tante Celesta n’en avait pas autant.

Elle finit par repérer une robe qui lui plaisait, et se prit au jeu de la découverte – tout en tendant l’oreille pour être certaine qu’on ne la surprenne pas. Elle n’osait imaginer ce qui pouvait se passer si on la prenait à fouiner dans le palais. Mais en y réfléchissant bien, elle n’en avait pas si peur. Certainement à cause de sa tête, complètement retournée par un flot de sentiments et contradictions suite à une immense fatigue et au trop plein d’informations qui lui étaient tombées dessus ces derniers jours. Si elle arrivait néanmoins à profiter de sa petite aventure, c’était grâce au fait qu’elle s’interdisait d’y penser. Pas avant d’être de nouveau confrontée à la réalité des choses.

 

cv4r3hjybxzm.jpg

 

Elle se prit après plusieurs minutes, à être finalement assise sur un petit fauteuil faisant face aux vêtements, se demandant ce que ça pouvait bien faire de vivre ici avec tant de pièces et de possibilités dans son quotidien. Mais elle ne savait pas vraiment si c’était une chose à laquelle elle pouvait s’habituer, après l’euphorie passée.

Poussant de nouveau le petit portail, Anda vérifia qu’il n’y avait toujours personne dans les parages. Sa soif était loin d’être étanchée, et elle se dirigeait à présent vers l’autre partie de la salle qui s’avéra bien être le centre des festivités.

 

b0wl9o07m7dk.jpg

 

Il y avait dans le fond un petit endroit pour s’asseoir ayant des airs de bar, derrière lequel une double-porte semblait cacher la cuisine. Une table de réception était également présente, ainsi qu’une plus petite porte pour les commodités. Et au milieu de tout ceci trônait une grande porte vitrée, donnant sur un endroit du palais qu’Anda n’osa visiter. Elle s’approcha néanmoins, curieuse, mais voulant simplement s’assurer qu’aucun garde n’arrivait par ici.

 

q6uaj0hoq7ol.jpg

 

Comment se rendre compte de ce qui arrivait ? Anda avait le plus grand mal à le faire. Son cœur était partagé entre écouter le trou béant qui lui disait que son père lui avait menti toute sa vie. Qu’elle ne se sentait plus être une Nyrden par sa faute. Et d’un autre côté, sa décision d’infiltrer le palais pour le découvrir refaisait monter en elle un rêve d’enfant. Elle se sentait comme une petite fille, vivant le conte de fée qu’elle avait toujours attendu.

Avec une malice non dissimulée, elle fit le tour du piano pour s’y installer. Elle tournoya les pages face à elle sans vraiment reconnaître les partitions qui y trainaient. Après une seconde d’hésitation, elle apposa son doigt sur une touche, attendant de voir si quelqu’un accourait ou non. Lorsqu’une minute fut passée et qu’aucun mouvement ne se fit entendre, un large sourire barra son visage et elle renouvela son manège à quelques reprises.

 

ax04ddnjhvd7.jpg

 

Mais ce qui devait arriver, arriva. Anda ne faisait pas tant de bruit que cela, et ne savait même pas réellement jouer. Son activité relevait plus d’un test mélodique enfantin qu’autre chose. Mais un garde finit par compter la salle de réception dans son tour de surveillance, inévitablement. Il s’arrêta en entrant, étonné de voir la petite fée derrière le piano.

« – Je peux savoir qui vous êtes ? »

Anda ouvrit la bouche sans savoir quoi répondre. Elle savait qu’elle l’avait cherché, mais elle ne s’était pas attendue à se faire avoir cependant.

« – Euh…
– Avez-vous rendez-vous ?
– Non, mais je…
– Comment êtes-vous entrée ? »

Imitant la carpe, Anda glissa un coup d’œil vers le couloir qui ouvrait sur le petit salon rose et la porte secondaire du palais. Nul besoin d’en dire davantage, le garde comprit.

« – Mademoiselle, je vais vous demander de vous lever et de me suivre. Vous n’avez rien à faire ici ! »

 

01kv6fv5p9sj.jpg

 

Anda cherchait ses mots. Comment se justifier ? Elle était consciente de ses actes mais n’avait pas une seule seconde pensé à ce qu’elle pouvait fournir comme excuse au cas où elle rencontrerait quelqu’un. Elle finit par baisser la tête et procéda.

Le garde les fit passer par la porte vitrée par laquelle il était arrivé, qui donnait sur une pièce bien plus vaste. A leur droite se trouvait la porte principale donnant sur la cuisine. A gauche apparaissait l’entrée du palais, entourée de murets et de grandes lampes raffinées comme l’endroit qu’elles éclairaient. Au beau milieu de la salle trônait un grand escalier, derrière lequel se trouvaient divers fauteuils et petites tables, certainement pour faire patienter les personnes du peuple venant rencontrer un membre de la famille royale. Tout au bout était ouvert un autre petit salon, plus chaleureux cette fois, comprenant cheminée et divans.

Ils traversèrent la salle et le garde ordonna à Anda de patienter.

« – Votre nom ? »

Elle hésita. Ses pensées se bousculaient plus qu’elle n’aurait pu le dire.

« – … Nyrden.
– Vous avez de la famille, mademoiselle Nyrden ?
– Mon père, oui.
– Très bien. Votre adresse ? »

Pourquoi diable avait-il besoin de son adresse ? Elle la lui donna en fronçant les sourcils.

« – Merci. Nous allons envoyer un messager pour que votre père soit reçu avec vous. »

Anda se pinça les lèvres.

« – C’est vraiment nécessaire ?
– Mademoiselle, personne ne pénètre dans le palais royal sans y avoir été invité, et sans en assumer les conséquences. »

 

dc4cbfibeho7.jpg

 

Elle soupira, acceptant sagement cette évidence. Le garde pris congé pour procéder à la venue de Revan. Anda le regarda s’éloigner, se disant que si c’était elle qui vivait dans ce palais, et qui devait régner sur un royaume, elle n’aimerait pas non plus que n’importe qui s’introduise dans la bâtisse. Question vie privée et sécurité, il y avait mieux. Alors au lieu de se morfondre, elle s’assit et préféra profiter du fait qu’elle se trouvait encore dans le palais, chose qui était toujours difficile à réaliser.

 

zgg5t8w6rsg8.jpg

 

Etant donné son intrusion, elle était certaine de ne jamais y remettre les pieds, même avec Cassian dans ses amis. Pendant la demi-heure où elle attendit, elle scruta chaque recoin de la pièce, remarquant avec plaisir chaque petit détail qui faisait sa singularité. Il n’y avait pas de doute ; si ce genre de vie à long terme ne la faisait pas tant rêver que ça, elle apprécierait tout de même un tel luxe passager. Qui ne voudrait pas ?

Il y eut de nouveau du mouvement, provenant de la porte par laquelle Anda et le garde étaient entrés.

« – Elle vous attend ici… nous allons en avertir la reine… Merci. »

Anda se releva, tendant l’oreille. Il ne lui fallut pas plus de temps avant d’apercevoir son paternel, derrière l’imposant escalier. Lorsqu’il la vit, il s’empressa d’aller à sa rencontre. Mais comment se retrouver ?
D’un coup, la rancœur d’Anda remonta à la surface. Revan n’osa pas la prendre dans ses bras, mais soupira de soulagement en la voyant.

« – Je t’ai cherchée partout… »

Elle se tenait à une distance raisonnable de son père. Elle n’avait nulle envie de partager quoi que ce soit avec lui, et si elle s’en voulait surtout pour avoir été repérée dans le palais, c’était à cause de cette situation précise. Elle ne voulait pas le voir, et serait retournée chez elle comme une grande si elle l’avait souhaité.

« – Pas assez, apparemment.
– Anda… »

Elle serra les poings.

« – Non. Je ne veux pas savoir. »

 

qwmg6am4rjyx.jpg

 

Revan soupira, comme pour se donner du courage.

« – J’allais te suggérer de nous en aller rapidement.
– Je croyais qu’il fallait attendre la reine ? J’imagine qu’on va me passer un savon. »

Son père se prit le visage entre les mains et se frotta, terriblement nerveux.

« – Anda, allons-nous-en.
– Mais c’est quoi, ton problème ?! »

Soudainement, Revan abaissa ses mains dans le vent, en signe d’impuissance et de fatigue.

« – Anda, ta mère est la reine ! »

Ladite Anda fut frappée de sanglots imperceptibles, sans larme. Des secousses envahirent soudainement son corps et s’en allèrent tout aussi rapidement. Le choc était trop grand. Le trou dans sa poitrine se rouvrit et se creusa sans que rien ne puisse l’arrêter.

Revan ne savait plus où se mettre. Il avait envie de serrer sa fille dans ses bras, lui demander pardon et la réconforter. Mais il savait aussi qu’il n’en avait plus aucun droit.
La question ne se posa plus la seconde suivante, alors que des voix se firent entendre. La porte principale s’ouvrit, laissant apparaître une reine enjouée, accompagnée d’un autre garde avec qui elle conversait.

Les Nyrden se retournèrent, à moitié cachés par l’escalier.

 

jdqxcb5dft1i.jpg

 

« … Bien. Oui, merci ! »

L’homme repassa la porte, laissant la reine avec sa prochaine affaire : une petite fée qui s’était introduite dans le palais. Tenant son poing contre sa poitrine, Anda s’avança d’un pas sans en être consciente. Elle la trouvait tellement belle… la reine était élégante. Grande, élancée, raffinée, elle n’aurait pu l’imaginer plus parfaite.

Sa bouche s’entrouvrit machinalement. Elle sentit son père lui prendre le bras et l’entendit chuchoter son nom, sans y prêter attention. Même si elle l’avait fait, rien n’aurait changé ; tout s’accéléra. De nouveaux pas se firent entendre, des pas qui descendaient. A mesure que les jambes se découvraient à la vue d’Anda, la scène sembla flotter de plus en plus.

Elle reconnut Cassian. Sa démarche était déterminée, dirigée vers la reine.

« – Ma tante, je t’ai amené les livres que tu m’as demandé ! Je les ai posés au premier étage, ça t’ira ?
– Parfait, merci Cassian ! »

 

fkqfdfyzavwd.jpg

 

Anda se figea. A peine avait-elle eut le temps de comprendre la situation, qu’un nouveau coup de massue semblait vouloir l’atteindre.

« – … Quoi ? »

Un simple souffle. Un petit mot que personne n’entendit vraiment. Elle n’avait plus conscience de ses mouvements ; ses jambes la portèrent jusqu’au fond de la pièce où tout sembla s’écrouler autour d’elle.

 

mgopxy452nxe.jpg


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Facebook320
Facebook
YouTube3k
Instagram280
Twitch
Tumblr