Chapitre 3

Doucement, Andafae s’éveilla dans un lit on ne peut plus confortable. Elle ne savait pas encore quelle heure il était, mais de nouveau, une agréable odeur entrait par les fenêtres de sa chambre. Elle profita encore un peu du moelleux de sa couverture, de cette agréable sensation de pouvoir traînasser entre les draps chauds et frais à la fois, et l’idée de pouvoir se lever lorsqu’elle le souhaitait. Mais son ventre finit par lui rappeler qu’il n’avait rien eu à se mettre sous la dent depuis un peu trop longtemps à son goût.

Elle sortit de sa chambre et se retrouva entre les quelques principales pièces de cet étage, à l’air libre. Se sentir libre ainsi et pouvoir apprécier le vent et les senteurs de la nature la ravissait. Mais ce qui retint plus particulièrement son attention fut son père, assis à la petite table qu’ils partageaient chaque jour, se délectant d’une assiette de saumon qu’il avait certainement préparé peu avant.

 

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Lorsqu’il vit sa fille, Revan s’exclama qu’elle soit enfin debout.

« – Quelle heure est-il ?
– Treize heures !
– … Ah ! »

Encore une fois, les fées avaient de drôles de besoins. Elles pouvaient se contenter de dormir de simples petites heures, tout comme passer une demi-journée au lit était naturel.
En entendant le ventre d’Anda émettre un son douteux, Revan désigna la cuisine.

« – Il y a un plat qui t’attend sur le comptoir. »

S’en suivit un clin d’œil accompagné d’un sourire. Il savait que sa fille aimait les bons petits plats qu’il préparait, et la connaissait gourmande. D’ailleurs, la première chose qu’elle fit en s’installant face à lui, fut d’apprécier l’odeur que l’assiette dégageait. Un délice pour le nez, qui avait droit lui aussi à un moment de douceur.

 

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« – Alors c’est le rouge, cette fois ? »

Anda écoutait à moitié son père, tant elle se sentait appelée par le contenu de son plat.

« – Hum, rouche ? … Ah, les chveux ? »

Revan acquiesça avec une moue accusatrice. Il n’aimait pas la voir s’empiffrer ainsi, mais devait se rendre à l’évidence : elle n’avait pas dû manger depuis une journée au moins.
Anda haussa les épaules.

« – Ouais, ch’aime bien. Chuper bon ton saumon ! »

 

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Revan n’aimait pas les cheveux de sa fille ainsi. Qu’elle les éclaircisse, les fonce, leur donne des mèches ne le dérangeait pas, mais les couleurs vivent, il n’approuvait pas. Et pour le coup, le rouge était particulièrement agressif, d’autant qu’elle assortissait son maquillage à ses cheveux. Mais il fallait bien que jeunesse se fasse, pas vrai ?

Anda jaugea la réaction de son père.

« – T’aimes pas, hein ?
– Non. »

Sa rapidité de réponse était sans équivoque. Mais il ne souhaitait pas engendrer un débat stérile qui ne pouvait que les fâcher. Alors il n’ajouta rien. Malheureusement, c’était sans compter sur Anda et son mauvais caractère. Ça, il ne pouvait pas dire qu’elle le tenait de lui.

« – Qu’est-ce que ça peut bien te faire que j’aie les cheveux rouges ? C’est pas toi qui les porte, si ? »

 

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« – Tu sais bien que je n’aime pas qu’on se fasse remarquer quand c’est inutile. Et j’apprécierais que tu me parles autrement. »

Anda soupira nonchalamment.

« – J’suis sûre que maman aurait aimé. »

A l’évocation de ce mot, l’expression de son père changea. De l’étonnement ? De la colère ?
Il leva la main et pointa un doigt accusateur vers sa fille, qui n’était pas certaine de redouter ce qu’il avait à lui dire.

« – Laisse dont l’âme de ta mère en paix. Rien ne te permet de savoir qu’elle aurait apprécié ou non tes décisions, même si nous ne parlons que d’une couleur de cheveux. »

 

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Anda accusa le coup. Effectivement, la conversation devenait grotesque, et elle savait qu’elle n’y était pas pour rien.

« – … C’était stupide. Pardon. »

Elle était un peu comme ça aussi, Anda. A regretter ses paroles. Que ce soit pour des situations sérieuses, ou des querelles avec un papillon. Et puis elle savait que son père n’aimait pas qu’elle évoque sa mère ainsi pour rien. Il fallait dire qu’elle ne l’avait jamais connue, et que même si le paternel lui avait un peu parlé d’elle lorsqu’elle était enfant, il restait toujours assez fermé sur le sujet.

Le positif dans tout ça, c’est qu’elle s’entendait étonnement bien avec son père, puisqu’ils finissaient toujours par convenir que ça ne servait à rien de s’énerver.
Après quelques minutes silencieuses à écouter le bruit du vent dans les feuilles, Revan esquissa un sourire.

« – Alors, qu’as-tu de prévu pour aujourd’hui ? »

Ça n’était pas utile de pousser le débat coloré plus loin, il le savait bien. Autant passer à plus pertinent, même s’il se doutait de la réponse de sa fille. Celle-ci hésita, mais elle souriait également.

« – Certainement retourner dans l’autre monde, j’étais assez distraite hier et je n’ai pas totalement profité de mon observation. Trop de papillons, tu sais ce que c’est… »

Revan se mit à rire. Il reconnaissait bien là sa fille. Il savait qu’il allait être bon de parler de son avenir avec elle, un jour où l’autre, mais elle n’avait que dix-huit ans. Alors, si elle voulait profiter un peu… il ne souhaitait pas s’y opposer pour le moment.

« – Amuse-toi bien alors. Tu as besoin que je prépare un petit quelque chose à prendre avec toi ? Tu sais, au cas où ton ventre ne soit pas rassasié…
– Haha, merci papa mais ça ira. Je ne pense pas y passer la nuit de toute façon. »

 

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La journée étant déjà bien entamée, Anda se dépêcha un peu. Elle se débarbouilla, remis de l’ordre dans ses cheveux et se maquilla comme à son habitude. Et après avoir envoyé un bai.ser à son père, elle passa à travers l’arbre. Qui savait ce que lui réservait Willow Creek ce jour-là ?

 

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