Chapitre 22

Il fallut à Sera se rendre à l’évidence : si elle voulait trouver l’homme de ses rêves, et ce en arrivant à tomber sur lui dans un bref délai de prélassement dans le quartier, il allait falloir qu’elle assure. Et assurer, pour Seraelle, ça voulait dire être si présentable que ledit homme ne pouvait pas lui résister. Alors un matin, elle décida de se mettre au sport. Ou du moins, à la course tranquille. Mais une Sera sur un tapis de course était aussi dégourdie qu’une Judie dans la même situation.

 

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Tandis que son frère se concentrait toujours et peu plus dans les coups bas qu’on lui demandait de réaliser. S’il se sentait plus libre et satisfait de progresser dans ce genre de tâches, il n’en revenait pas moins éreinté le soir (ou plutôt la nuit), à la maison. D’ailleurs, il écopait d’une nouvelle promotion.

 

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C’est en allant se coucher qu’il fut immédiatement réveillé par Sera, qui se mit à tournoyer dans des étoiles. Fini les devoirs qu’elle redoutait ! Il était temps de passer aux choses sérieuses.

 

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– Alors, tu as décidé d’arrêter de te comporter n’importe comment ?
Sera resta figée. Cette voix encore ? Elle soupçonna son frère de vouloir lui faire une mauvaise farce, alors pour faire bonne figure, elle haussa les épaules et sortit de la chambre.

 

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Elle retrouva sa mère dans le salon, occupée à régler un souci de programmation récalcitrant. Quand elle s’aperçu du changement, Judie félicita sa fille avec enthousiasme.
– Alors… que vas-tu faire de ta vie ?
Sera trouva son entrain un peu précipité, et fit une moue indécise. Il fallait savoir qu’elle avait développé un certain goût pour la paresse.
– Je ne sais pas… je n’ai pas vraiment de passion. On peut travailler en faisant ce qu’on aime ?
– Bien sûr !
– Mais je ne sais pas ce que j’aime.
– Et la cuisine ?
Il était vrai qu’en dehors des hommes à chasser et des poissons à faire cuire au feu de camp, Seraelle n’éprouvait pas un goût prononcé pour grand-chose.
– Pourquoi pas. Ils cherchent des cuistots en ville tu crois ?
– Suffit de regarder des petites annonces, ma chérie.
Alors ladite chérie soupira, mais procéda. Rapidement, elle trouva ce qu’elle cherchait. Sera grimaça en voyant à quel échelon elle devait forcément démarrer.
– C’est la vie, ma grande.
Le niveau de maîtrise en cuisine demandé pour ce poste étant déjà fortement atteint, Sera voulu se concentrer sur la mixologie qu’elle ne connaissait pas, et qui était également nécessaire.

 

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– Hé bien, tu pourrais le faire avec le sourire ?
Sera sursauta une nouvelle fois. Personne n’était en sa compagnie dans le second niveau de sous-sol. Son frère ne pouvait lui faire peur, elle en était certaine.
– C’est qui qui cause ?
– Le jeu.
– … Hein ?!

 

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Perplexe au plus haut point, Sera remonta deux étages en criant le nom de sa mère.
– Tu veux réveiller ton père et ton frère ou quoi ?
– M’en tape ! C’est quoi cette histoire ?!
A partir de là, Judie prit le temps de tout expliquer à sa fille. Le jeu, son emprisonnement, la raison des indices, le besoin d’avancer…
– Et si je peux l’entendre moi aussi maintenant, c’est parce que… ?
– Alors là… bonne question.
– Parce que je t’ai choisie pour succéder à ta mère. Faut se faire une raison, elle n’est pas éternelle.
– Subtile.
– Je sais.
La mère comme la fille levèrent les yeux au ciel. Ce qui était sûr, c’est qu’elles avaient le même tempérament et que Sera allait aussi bien s’entendre avec le jeu que l’avait fait Judie.
– Bon… C’est pas le tout, mais le dernier indice n’a toujours pas été résolu.
– T’avais pas dit que y’avait rien à résoudre immédiatement ?
– Si mais… ça me tracasse.
Sera prit une inspiration.
– Bon, allez, redonne-la moi, que je t’aide.
– « Le Janimju n’est pas infini. Lorsque tout le travail sera accompli, le neuf ou le douze sera sorti »… Les chiffres, on sait lesquels c’est. Le fait que le jeu soit limité, c’est plus ou moins clair, mais le travail, j’ai pas réussi à définir duquel il s’agissait.
Sera plissa les yeux quelques instants.
– … Okay.
Et elle quitta la pièce. Judie resta bête un moment, avant de s’adresser au Janimju.
– T’as compris un truc toi ?
– Non.
– Tu m’aides vraiment pas…
Sans plus de nouvelles de sa fille, Judie finit par aller se coucher. Pendant que Seraelle fit le tour du quartier en mode « freehug » pour rechercher l’homme de sa vie sans le crier cependant.

 

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Au petit matin, elle croisa une bouille qui lui plut beaucoup. Mais au détour d’une conversation, elle apprit que monsieur était toujours au lycée. Résignée, elle s’en alla à sa première journée de travail.

 

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Un autre qui était rarement à la maison depuis un moment également, était Cloud, qui en plus de devoir tester ses tours de passe-passe sur le voisinage, appréciait manger par lui-même, au calme, lorsque personne n’était dans l’espace public pour le déranger. Ce qui rappelait une certaine Judie, à son arrivée dans le jeu. On était un Templeton, ou on ne l’était pas.

 

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Au final, le plus discret des quatre était monsieur J, qui pourtant en avait marre de tout. Même en décrochant une promotion plus du tout espérée, il n’arrivait pas à retrouver le sourire. Il était fatigué, se sentait vieux et inutile. Il n’appréciait plus sa participation et souhaitait démissionner sans en avoir le pouvoir.

 

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Mais un faible instant, une lueur d’espoir et de bonheur se fit son chemin jusqu’à lui. Oui, Judie rentra peu après avec une nouvelle promotion aussi, et surtout la dernière. Il la félicita, avant de partir à la pêche, seule activité qui le détendait un peu.
Judie s’installa à table, fière d’elle, rejoignant sa fille qui remontait du sous-sol avec son poisson grillé par ses soins.
– Bravooo !
Les deux dames de la famille sursautèrent par réflexe.
– Ah ! Tu vas nous en dire plus ?
– Je ne sais pas…
Judie fit la moue, avant d’aller chercher le plateau et de lancer les dés, afin de voir si la fin de son travail générait un neuf ou un douze. Mais aucun n’apparut, et encore une fois le silence régna.
– Conséquence ?
– Non.
– Pourquoi ?
– Parce que le plateau n’est pas en mesure de réagir.
– … C’est-à-dire ?
– Que toutes les conditions ne sont pas remplies.
Judie ouvrit la bouche sans savoir quoi répliquer. Mais c’était sans compter sur Sera qui fut soudainement affublée d’une confiance étonnante.
– S’il ne veut pas t’aider, moi je peux.
– Tiens dont ?
– Ouais, j’attendais juste confirmation de ce à quoi je pensais… pour le travail, on parle bien du travail qui nous permet de vivre, pas d’entourloupe là-dessus ?
– Exact.
– Bon, ben en fait il faut juste finir toutes les offres proposées par le Janimju.
Judie resta bête. Toutes les offres ? Elle serait morte bien avant ! Désemparée, elle déglutit avec hésitation.
– Et c’est pour ça que ça parle de limites. On a appris ça à l’école, ce monde est effectivement plutôt restreint, pour un jeu.
– Hey !
– Roh ça va.
Judie soupira.
– Bon, ben ça fait déjà au moins carrière, avec moi.
– Attention les filles, c’est une offre par personne !
C’était le coup de grâce. Judie ne pensait même plus à elle, mais à toutes les personnes qui allaient la suivre dans cette galère, coincées ici, jusqu’à ce que le jeu veuille bien les délivrer. Au moins, tout était clair.
Tout, même sa vie finalement bien remplie que la faucheuse décida de prendre cette nuit-là.

 

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C’est à trois qu’ils se retrouvèrent au levé, à se disputer l’événement. Si Sera avait supplié l’entité destructrice du jeu de bien vouloir épargner sa mère encore un peu, c’était sans compter sur monsieur J, si mal luné, qu’il passait son chagrin sur sa fille en l’accusant de ne pas avoir été assez convaincante. Mais que pouvait-on contre la fatalité ?

 

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