Chapitre 38

Il y avait dans le centre-ville du Janimju, celui où allaient la plupart de ses habitants pour travailler ou aller à l’école, de régulières réunions inter-entreprises. C’est à une de ces occasions que Melwan fit la connaissance d’Alice, qui avait fait son entrée parmi les employés de la salle de gym du coin. Et si la jeune femme semblait particulièrement intéressée par l’homme d’affaire, Melwan quant à lui était loin de se soucier de sa vie amoureuse.

 

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Un autre qui ne comprenait plus grand-chose à la romance : Stéphane. Lorsque sa fille fut amenée à discuter plus intimement sur le pas de la porte avec Arthur, celui-ci en profita pour ajouter une dose de mal-être à la situation comme tout bon parent qui se respectait savait le faire.

 

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Et c’était sans compter sur ses frères qui, au petit matin, ne ratèrent pas une occasion de se joindre à Stéphane, avec des questions fort déplacées pour Sera qui se contentait de raccompagner Arthur à l’extérieur.
– Et puis on se demande pas pourquoi tu oses sortir encore en pyjama, hein…
– Regardez vos assiettes.
Ils pouffèrent sans ménagement.
– Et tu savais que quand il était petit, Arthur avait des cheveux de fille et que Cloud faisait souffrir son nez ?
– En attendant, y’a que moi qui gère la famille correctement.
Les trois hommes haussèrent les épaules, trop heureux d’avoir une fenêtre de bêtises dans laquelle ils s’étaient volontiers engouffrés.

 

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Plaisanterie mise à part, la nuit revint inévitablement et avec elle, une Sera toujours autant inaccessible. Si cette fois, Stéphane parvint à s’approcher d’elle, il fut incapable de lui faire entendre sa voix. Comme s’ils étaient dans deux réalités.

 

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Il resta longuement derrière elle, regardant son dos sans pouvoir le toucher. Sans parvenir à lui montrer sa présence. Mais il finit par rentrer, passant près de son fils qui avait accueilli une Alice qui errait dans le quartier, afin de faire plus amples connaissances avec elle. Et le moins qu’on pouvait dire, c’est qu’il n’était pas insensible au charme de la belle.

 

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Non enclin à observer son enfant cette fois, Stéphane alla rejoindre sa fille au sous-sol.
– Je te jure, c’est comme si elle pouvait pas m’entendre !
– Tu as pu l’approcher un peu plus, au moins…
– Ouais. Mais bon, je voulais lui raconter que j’avais dû essuyer tous les étages à cause de ta grand-mère qui s’amuse avec la plomberie dès qu’elle peut, tu vois…
– Ben oui parce que ta vie est aussi passionnante que la mienne, surtout depuis que maman est partie, je sais bien.
– C’est pas bien de te moquer. Bref, et donc…
– PAPA !
– Quoi ? Tu voulais pas entendre la suite, c’est ça ?
– Non non, c’est ultra intéressant… mais je crois que j’suis enceinte !
– Hein ?
– Ben ouais regarde mon ventre.
– Bah, t’as juste mangé trop de fruits.

 

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– Mais non mais non, regarde les confettis !
– Des confettis ? ‘Tendez j’arrive !
– T’as raison, c’est l’info la plus importante du truc.

 

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Melwan était bien loin de tout ça. Il se rendit à son premier jour de travail déterminé comme jamais, sans une once de pensée envers la gente féminine ou le fait que sa sœur soit potentiellement enceinte après la nuit qu’elle avait partagé avec Arthur.

 

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Mais enceinte, elle l’était bien. Ce qui n’enleva rien à sa niaque de femme Templeton. Bien au contraire ! Elle décida même de se mettre à la cuisine, même si ce ne fut pas un franc succès pour une première fois. Mais elle savait assurer et rattraper ses erreurs.

 

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Rapidement, elle demanda à Arthur de revenir la voir pour lui annoncer la bonne nouvelle. Avait-elle cherché à avoir un enfant ? Pas réellement. Elle avait simplement passé une nuit appréciable avec un garçon qui lui plaisait et à qui elle faisait de l’effet. Un garçon dont elle était amoureuse ? Pas réellement, encore une fois. Elle éprouvait une grande sympathie pour Arthur, s’amusait bien avec lui. Et si ça n’allait pas vraiment plus loin, ils étaient tous deux heureux que cette grossesse soit mise en route. Ça rappelait certainement la relation que ses grands-parents avaient eue. A la différence qu’ils ne se forçaient pas le moins du monde à s’apprécier.
D’un commun accord, il fut décidé que Corail garderait le bébé à la maison, et qu’Arthur pourrait passer le voir lorsqu’il en aurait envie.

 

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Comme la motivation n’avait plus de limite dans le foyer, c’est pleinement satisfait et totalement prêt que Stéphane fut appelé par le Janimju, afin de rejoindre sa belle. Les journées d’errance sans but étaient terminées.

 

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Est-ce que sa mort avait affecté les enfants ? Pas vraiment. Ils en étaient tristes, évidemment, mais surtout soulagés de savoir qu’il n’allait plus être une âme en peine attendant juste de retourner auprès de leur mère. Et puis, il fallait dire qu’ils avaient d’autres préoccupations. Comme Kam, qui ne comprenait pas pourquoi Alice était intéressée par Melwan, alors que celui-ci n’en avait rien à faire.
– C’est parce que j’suis encore un gamin, c’est ça ?
– Ben, c’est pas totalement bien vu qu’une adulte reluque un adolescent tu sais.
– … Tu crois qu’elle m’attend ?
– Qu’est-ce que j’en sais !

 

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Clémence du jeu, ou coïncidence fortuite ? Que ce soit l’une ou l’autre raison, Kam devint adulte la nuit suivante. Tout en classe, bien évidemment.

 

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Pendant qu’au rez-de-chaussée, on assistait à une scène quelque peu étrange. Plus que d’ordinaire, disons. Judie était persuadée que les fantômes pouvaient eux aussi être jus-de-fruitisés, lorsqu’elle croisa Corail après sa séance de course.
– Mais non mamie, j’suis pas ton clone vivant !
– Mais si mais si, regarde, on est pareilles !
– On est juste habillées pareil, y’a une différence.

 

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– … Tu veux dire que j’vois pas double ?
– Ben non. C’est juste que toi, t’es mamie Judie, et moi j’suis ta petite-fille Corail. On se ressemble, on est de la même famille.
– …
– …
– … BOUH !
– … Tu fais quoi ?
– Ben si t’étais moi, enfin si j’étais moi, j’me serais fait peur. Enfin j’me ferais peur. T’aurais peur de moi qui suis toi, enfin moi. Tu vois ?

 

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Inutile de vous expliquer qu’il fallut un quart d’heure supplémentaire à Corail pour lui prouver qu’elle n’hallucinait pas. Elle en profita pour lui annoncer sa grossesse, mais Judie était trop occupée à retourner sa dernière phrase dans sa tête afin de comprendre ce qu’elle avait bien pu dire. Les Templeton, messieurs dames.

 

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